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L'amour, c'est l'amour
- "ShantiMayi, je me sens fermé à l'amour. Je me sens résistant à l'amour dont je sens avoir besoin. Que puis-je faire, pour m'aider à m'ouvrir à l'amour dont je sens avoir besoin, et pour abandonner mes résistances ?"
SM : "Ce dont nous parlons toujours, c'est de la réalisation du Soi et il n'y a personne qui n'ait jamais atteint la maîtrise, qui ne se soit jamais réalisé, qui n'ait pas trouvé que l'expérience de la vie est imprégnée d'amour. En réalité, on pourrait dire que conscience et amour sont une seule et même chose. Il n'est pas étonnant que vous vous sentiez fermé à l'amour, que vous sentiez que vous résistez à l'amour et que vous sentiez qu'il vous faille vous y ouvrir. Et pourtant, aucune de ces choses n'est vraie. Aucune de ces choses ne s'applique vraiment à l'amour, parce que vous êtes vous-même amour, à tout moment. Nous pourrions aussi appeler cela la conscience. Cette essence qui s'écoule à travers tout, qui fait apparaître la forme comme étant réelle. Ceci pourrait être nommé l'amour inconditionnel, absolu. Donc je dis que ce n'est pas une surprise. Il n'est pas étonnant que vous vous sentiez résistant à l'amour, parce qu'on ne vous a pas appris que l'amour imprègne tout, que l'amour, c'est la conscience elle-même. Mon Guru dit que "l'amour, c'est Dieu". Un jour, je me demandais ce qu'il voulait dire par là, parce qu'il y a tant d'énergie de brutalité dans le monde... Il y a tant de haine. Il y a tant de violence et de dureté. Alors, est-ce que l'amour, ou Dieu, est une essence limitée, une puissance qui serait limitée seulement par le bien ? Cette question était une question très importante et très profonde, pour moi. C'était une question qui devait vraiment être observée, parce qu'après tout, je pensais que "Dieu", c'était tout : tout ce qui pouvait être expérimenté et tout ce qui ne pouvait pas être appréhendé à la fois, que ce soit de près ou de loin. Alors, j'ai découvert que c'était effectivement ce que mon Guru voulait dire, que tout était Dieu. L'amour, c'est Dieu. L'amour, c'est la conscience. L'amour, c'est l'expérience de la vie. Cette vision est si profonde... ce n'est pas une vision superficielle. Vous ne pouvez pas porter votre regard sur la surface de ce que vous pensez être l'amour, parce que votre idée même de l'amour, c'est elle qui crée un problème. Voilà pourquoi je dis qu'il n'est pas étonnant que vous vous sentiez fermés !
Quand vous êtes enfant, quand vous êtes un petit enfant, on vous apprend déjà, dès votre plus jeune âge, que l'amour est une récompense. Qu'il est comme un trophée. Comme un cadeau, comme quelque chose qui peut vous être donné quand on vous approuve, quand vous vous comportez bien. Quand tout le monde vous approuve et pense : oui, vraiment, c'est un enfant sage. Alors, l'amour est partout. Quand vous croyez que l'amour dépend de votre action. Mais si vous n'êtes pas un enfant sage, si vous faites quelque chose qui déçoit ou que peut-être, les voisins n'approuvent pas, ou que les parents n'approuvent pas, alors, l'amour vous est retiré. Et selon la personne, il peut être réellement retiré, puis redonné. Alors, vous apprenez que l'amour est quelque chose de grand, et que vous l'obtenez quand vous êtes très gentil, et que vous l'obtenez quand vous êtes approuvé. Et voilà comment vous commencez à le définir et comment vous commencez à agir pour obtenir de l'amour, par besoin d'amour, ou à vouloir de l'amour, à donner de l'amour. Et tous vos petits amis, quand vous êtes enfant, apprennent la même chose, parce qu'en fait, leurs parents ont appris eux-mêmes la même chose. Donc, vous pensez : "si tu m'aimes, et si tu es gentil avec moi, si tu es honnête avec moi, si tu me rends heureux, alors je pourrai t'aimer. Mais si tu devais faire quoi que ce soit dont je ne sois pas sûr, quoi que ce soit que je ne puisse pas tolérer, alors je ne t'aimerais pas, je te tournerais le dos et serais déçu." Et une fois encore, vous perdriez confiance en l'amour. C'est ainsi que vous commencez à définir l'amour. Vous commencez à définir l'amour.
Chaque définition de l'amour n'est qu'une éraflure à sa surface ; elle ne peut même pas commencer à évoquer la puissance de guérison, la joie parfaite, le sens profond, la nature du véritable amour. Donc, avec toutes vos définitions, vous ne commencez pas seulement à barrer l'accès à l'amour, à fermer votre cur - si l'on peut s'exprimer ainsi -, à l'enchaîner, à agir de manière à être approuvé, afin d'avoir le sentiment d'être aimé. Vous verrouillez également la porte de votre cur et vous créez tous ces petits compartiments dans lesquels cette énergie d'amour doit rentrer, à l'intérieur de vous. Alors, vous vous sentez terriblement déçu. Et vous perdez confiance, parce que personne ne peut vous combler comme vous savez que le ferait le véritable amour. En d'autres termes, même si ceux qui ont été conditionnés vous conditionnent, vous savez, au plus profond de vous-mêmes, que l'amour, ce n'est pas cela. L'amour n'a pas de frontières, il n'est défini par aucune action ; il ne peut vous être donné pour une raison particulière, pas plus qu'il ne peut vous être volé pour une raison particulière.
L'amour entre deux êtres est indicatif, il est un grand test pour ce que vous allez reconnaître comme un amour inconditionnel, si vous restez assez conscients et assez clairs. Mais si vous essayez de saisir ce sentiment d'être aimés à nouveau et d'être comblés, et bien, vous serez certainement déçu et vous tournerez en rond. Vous regarderez, regarderez et regarderez encore autour de vous et direz alors : "mais où est-ce ? Où existe-t-il pour moi ? Pourquoi mon enfance a-t-elle été si difficile ?" Et alors, les ressentiments commenceront à se renforcer dans la pensée, dans l'esprit, et vous tomberez malade et vous vous sentirez si seuls. Donc, il n'est pas étonnant que vous éprouviez ce sentiment : "je suis fermé, je suis verrouillé". Il en est ainsi parce que vous avez appris que l'amour est conditionné et dépendant. Il dépend de ceci, il dépend de cela. Mais ce n'est pas l'amour, ce sont vos définitions, vos limitations et vos malentendus. Vous êtes vous-mêmes amour. Pas dans un besoin d'amour. Vous ne pouvez pas l'avoir. Vous ne pouvez pas le saisir. Vous ne pouvez pas le donner. Vous ne pouvez pas le retirer. Sa portée est tellement universelle... sa portée est tellement étendue... l'amour est si clair !
Vous avez appris, quand vous étiez enfants, comment ne pas aimer, en fait. Et même les personnes qui ont grandi et qui sont pleines d'amour ressentent encore quelques limitations dans l'amour, parce qu'elles ont appris que l'amour est quelque chose que l'on peut avoir. Que l'amour est quelque chose que l'on peut donner. Que l'amour est quelque chose que l'on peut obtenir. Mais l'amour, lorsqu'il est véritablement compris, guérit toutes ces maladies. Vous n'êtes jamais dans le besoin. Vous ne pouvez pas ne pas aimer. En fait, je dirais même qu'il n'est pas possible de comprendre l'amour ; mais par contre, ce que vous pouvez comprendre, c'est ce qu'il n'est pas : il n'est pas limité, il n'est pas dépendant ; il bat dans votre cur à tout moment, il multiplie vos cellules ; il est la vue dans vos yeux, il est le son dans vos oreilles. Vous m'avez déjà entendu dire cela. C'est le saut du poisson, c'est le son de l'eau, ce sont les nuages qui passent devant le soleil. C'est un homme, c'est une femme, c'est un animal. C'est l'air, ce sont les eaux, c'est la montagne, ce sont les fleurs. On peut le définir une fois pour toutes, parce qu'il n'a pas de frontières ; mais il ne dépend de rien et il n'est pas un sentiment de besoin.
Quand vous sentez que vous avez besoin d'amour, regardez dans votre cur ; ce qui veut dire, plongez dans le silence. Demandez-vous ce dont vous avez vraiment besoin et soyez très honnêtes avec vous-même. Découvrez ce dont vous avez réellement besoin. Parce que l'une des qualités qui fait éclater les schémas de définition erronée de l'amour, c'est le fait d'être réellement honnête avec soi-même. Le Saint, le Mahatma, le Sage est dans l'amour avec tout, non parce qu'il est un être qui donne de l'amour à toute chose, pas du tout, mais parce qu'il a appris à comprendre que l'amour n'a pas de frontières. Et lui-même n'a pas de frontières non plus. Il voit l'illimité en tout. La beauté dans la laideur. Là, au milieu du malentendu, il y a l'amour, la compassion ! L'ouverture signifie que vous voyez l'amour pour ce qu'il est, plutôt que de le définir pour ce qu'il n'est pas. Et donc, vous pensez que vous savez ce qu'est l'amour. Mais il n'est rien de tout cela. L'amour, c'es t l'amour !
Lorsque deux personnes éprouvent de l'amour l'une pour l'autre, comme je viens de le dire, cette expérience représente un véritable test pour leur propre clarté et leur compréhension de ce qu'est l'amour. Souvent, vous aimez, vous êtes si attirés, vous passez un moment si agréable avec quelqu'un... Vous vous sentez si comblés, si heureux... C'est vraiment un sentiment d'amour, de se sentir si comblé et si heureux ; ou si silencieux, empreint d'un sentiment d'être "chez-soi". Mais après un certain temps, vos désirs commencent à prendre davantage d'importance, envers l'autre personne, envers celui ou celle que vous aimez. Il peut s'agir de vos parents, de vos enfants, de votre mari, de votre femme, de votre partenaire, de vos amis, de vos voisins, peu importe de qui. Alors, vous commencez à conceptualiser une idée sur la manière dont ils devraient être, de sorte que l'amour que vous avez éprouvé pour eux puisse s'éclipser. Cet amour pur que vous éprouviez pour eux peut alors s'éclipser. Et vous pouvez alors commencer à le reconcevoir. "Tu dois être comme ceci." "Pourquoi n'es-tu pas comme cela ?" "Pourquoi ne fais-tu pas ceci pour moi ?" "Tu ne me comprends pas." "Si tu comprenais, tu ferais ceci comme ceci ou tu ferais cela comme cela." "Pourquoi m'ont-ils trompé ?" "Pourquoi personne ne m'aime ?" Tout cela, c'est parce que vous ne comprenez pas que vous-même êtes amour.
Vous avez entendu les Mahatma dire : "aime-toi toi-même". Ils ne vous disent pas de rester devant un miroir toute la journée et de vous adorer ou de vous comparer à un autre : "oh, en fait, je peux vraiment m'aimer parce que je ne peux pas aimer celui-ci, ou celle-là ! Je peux vraiment voir que je suis plus digne d'être aimé qu'eux !" Ce n'est pas cela qu'ils vous montrent. Ils vous invitent à voir l'amour pour ce qu'il est. Il n'est pas un sentiment de souffrance. C'est l'ignorance de l'amour qui est un sentiment de souffrance. Essayer de le saisir et de le garder pour soi, c'est un signe de souffrance et de manque de compréhension. Ignorer ce qu'il est vraiment, c'est encore essayer de le fourrer dans cette petite boîte. Essayer encore de le faire rentrer dans ce petit paramètre, afin que vous puissiez l'emporter partout avec vous et que vous puissiez le faire briller en le portant en bandoulière : "j'ai ceci, j'ai cela." "Je l'ai, et je suis tellement heureux !" "Oh, il s'est rompu !" "Maintenant il est parti et je suis tellement malheureux !" Ce n'est pas cela, l'amour.
Cela, ce sont nos idées, et ces idées naissent de deux états : l'attente et le désir ; or, l'attente est enracinée dans le désir, elle est en elle-même une sorte de désir. Ce n'est pas un désir comme un désir d'aller quelque part pour boire une tasse de café avec un ami - comme quand on désire, par exemple, une belle journée, attablé devant un rôti bien français ! Ce n'est pas un désir tel que celui-là. L'attente n'est pas le désir de voir bien grandir vos enfants, de les voir devenir bons et autonomes. L'attente n'est pas ce genre de désir. L'attente est ce genre de désir qui dit : "tu dois simplement être comme ceci, et si cela en est autrement, alors, je suis profondément déçu. Je suis vraiment déçu. Je suis déçu de toi". Quand vous avez cette sorte d'énergie d'attente, l'amour est encore dans votre cur, mais vous l'avez complètement ignoré, parce que vous pensez souvent qu'il est emballé comme dans un paquet, dans l'emballage de vos attentes et que ces attentes doivent être comblées. Et que les gens doivent simplement les combler pour vous. Mais l'amour cède. Car c'est une de ses qualités : il cède avec grâce. "Alors, l'amour, cela n'a pas marché comme je le voulais... et alors ?" Et pourtant, l'amour brille. Intact, imperturbable. Si vous avez des attentes et que vous voulez faire l'expérience de l'amour inconditionnel, quand vos attentes se brisent en deux comme un vase se brise, réalisez qu'elles n'ont rien à voir avec l'amour. Cette attente brisée pourrait bien être votre plus grande chance. Car elle peut vous servir, pour vous aider à voir ce qu'est vraiment l'amour. Plutôt que d'entendre le bruit de votre attente qui s'écroule sur le ciment, de lui tourner le dos et de vous geler dans la méfiance. Ce n'est pas la voie d'un yogi. Les yogis sont de véritables guerriers spirituels. Ils sont ceux qui vont arriver au bout du chemin et réaliser que rien n'est tel qu'ils ne l'avaient pensé. Et que tout est simplement ainsi. Alors, on commence à reconnaître, oui vraiment, que l'amour inconditionnel est la nature-même du yogi. Et pas seulement la nature du yogi, mais la nature de tout. Mais qui le réalise ? Celui qui veut l'union. Donc, quand votre attente tombe sur le ciment comme un pot en terre, laissez-la se briser. Ne prenez pas la peine d'en ramasser les morceaux et de pleurer parce qu'ils ne se recollent plus. En vous croisant les bras et en disant : "j'ai encore été trompé ! Est-ce que je connaîtrai un jour l'amour, dans cette vie ?"
Les Maîtres disent : "aime-toi toi-même". Soi-même, c'est tout ce qui existe. Ce n'est pas une histoire personnelle, ce n'est pas une histoire impersonnelle. Ceci est un point très important, et lorsque vous voyez cela ainsi, vous ne pouvez plus jamais, plus jamais dire : "je suis fermé". Vous pouvez seulement dire : "j'aime mon conditionnement. Il a verrouillé mon cur. Mes idées verrouillent mon cur." Mais savez-vous à combien d'idées qui ne sont pas vraies vous donnez tant d'importance, chaque jour, sans cesse ? Vous leur permettez de dominer votre psyché, votre cur et votre comportement... plutôt que de laisser le pot simplement tomber sur le ciment, dire "OK" et continuer !
Quand vous essayez de ramasser les morceaux et de combler votre attente, vous vous affaiblissez. Vous vous jetez vous-même dans la pile des déchets. Mais une nouvelle chance vous sera présentée ; le pot de terre se rompra à nouveau, encore et encore. Combien de fois penserez-vous que vous avez échoué, si vous achetez une voiture bleue au lieu d'une rouge ? Ou si votre soupe est froide, au restaurant, plutôt que chaude ? Ou si votre couverture est écossaise, plutôt qu'unie ? Une fois, on a donné à Neem Karoli Baba, un vieux Baba, un Baba fantastique, fantastique
("The Miracle Of Love", écrit par Ram Das, raconte son histoire), une couverture toute neuve, parce qu'il se servait de ces vieilles couvertures indiennes, écossaises et un peu rugueuses, un style de couverture bon marché
, mais c'étaient celles qu'il utilisait, et il en avait beaucoup. Un disciple apporta donc à Baba une couverture très jolie. Il la donna à Neem Karoli Baba et lui dit : "Baba, la couverture que tu portes gratte un peu, elle est un peu rêche... Je t'en ai apporté une neuve : elle est très douce et très belle. J'aimerais que tu la portes." Et Baba regarda son disciple et lui dit, empli d'amour : "si tu compares les couvertures, quoi d'autre vas-tu comparer, dans cette vie ?"
Il en est ainsi avec vos comparaisons et vos attentes, selon lesquelles l'amour est là, qui s'attarde et qui attend, qui brille encore, mais qui semble être en sommeil ou qui semble être parti. Alors, pouvez-vous laisser le pot se briser et continuer ? Réaliser que cela n'a rien arrêté, que cela peut vous avoir donné l'opportunité d'expérimenter l'amour différemment, d'être ouverts et de céder à une autre voie. Est-ce possible ?
Donc, l'amour est toujours là. Il est en permanence dans votre cur, émanant de tout, indescriptible, entier, complet, toujours présent, comme la conscience elle-même. Peut-être pouvez-vous leur donner le même nom... Regardez, désirez sauter la barrière de la frontière que vous avez érigée. Peut-être pouvez-vous abattre la barrière, piquet par piquet, et voir qu'elle n'a jamais été efficace, de toute façon ! C'est comme essayer de mettre une barrière dans le ciel, essayer d'enchaîner le ciel, en haut, ou de le posséder ! Voilà ce qu'est l'amour ! Souvenez-vous qu'il n'est pas cela, que l'amour n'est pas une possession. L'amour est une liberté. C'est la plus grande liberté. Et il permet à tout ce qui se trouve à l'intérieur de vous d'être entièrement libre. La liberté signifie : je ne suis lié à rien. Même mes limitations représentent ma liberté. Voilà donc ce qu'est l'amour.
Quand vous commencez à apprendre, ou mieux, à désapprendre les définitions de l'amour - autrement dit, quand vous laissez le pot se briser - vous voyez que tout en est ainsi. Et cela suffit. Quand vous commencez à voir avec les yeux de l'amour, cela commence à faire disparaître le ressentiment. Cela commence à faire disparaître tous les problèmes. Des problèmes que vous pensiez toujours devoir résoudre ! D'une certaine façon, vous pouvez voir avec les yeux de l'amour, illimités et clairs, que tout est tel quel. Et que ce simple fait sert à vous éveiller à l'amour.
Je connaissais un homme, par le passé, qui était tellement plein d'amour... Je vais vous raconter son histoire. Ce n'est pas vraiment qu'il aimait, mais il avait simplement compris le principe divin, le principe indivisé ; et parce qu'il l'avait compris, il pouvait continuer son chemin, à nouveau, tel un guerrier : cela ne l'affaiblissait jamais. L'amour n'était ni sa faiblesse, ni sa méfiance. Voilà comment un yogi doit vivre. Voulez-vous une excuse ? Voulez-vous que l'amour soit votre excuse pour éprouver méfiance, ressentiment et jalousie ? Est-ce vraiment ce que vous voulez retirer de ce principe divin, de ce principe indivisé ? Je ne le pense pas. Je pense qu'il n'en est pas ainsi. Je pense qu'il s'agit de l'habitude et que quelquefois, il est difficile de rompre ses habitudes. Vous voulez simplement constamment les ramasser du ciment sur lequel elles sont tombées et les recoller, pour tenter de remplir à nouveau d'eau ce vieux pot. Je suis convaincue que personne ne veut vraiment être jaloux et que personne ne veut vraiment être méfiant... Et bien, au fond de ce tonneau contenant vos définitions de l'amour, il y a des jalousies, des ressentiments, de la haine, des comparaisons et une souffrance considérable. Mais souvenez-vous que c'est seulement le fond du tonneau des définitions, parce que l'amour n'est pas limité au fait de remplir un tonneau avec quoi que ce soit.
Donc, l'homme m'a raconté son passé. Il m'a dit que son père le battait sans pitié et qu'il était cruel pour lui à un point inimaginable. Il m'a dit qu'il lui donnait des coups de poing, quand il avait dix ans ; qu'il le cognait avec son poing comme s'il se battait avec un homme ; qu'il n'approuvait jamais son fils, qu'il le rabaissait tout le temps. Mais cet enfant disait qu'il aimait son père. Il a grandi avec un regard très clair. Et il m'a confié : "vous savez, il a été mon grand Maître, et je l'aime de tout mon cur, parce qu'il m'a appris comment ne pas être. S'il n'avait pas été ainsi dans ma vie, peut-être qu'alors, je serais devenu exactement comme lui." Donc cet homme savait. Il connaissait, au centre de son cur, ces termes qu'il avait appris à l'école et qui le conditionnaient, quand il était enfant. Que "l'amour dépend de mes actions". "Si je suis un garçon sage, je serai aimé. Si je suis un méchant garçon, je serai détesté." Ou au moins, "l'amour sera repris" et, dans son cas, "arraché". Mais quelque chose dans son cur, comme quelque chose en chacun de vous, a dit : "tu sais qu'il n'en est pas ainsi." Et quelquefois, c'est là que surgit la confusion, à propos de l'amour. Vous avez été conditionnés par des personnes conditionnées. Et pourtant, au centre de votre vie, au centre de votre être, vous savez qu'il y a quelque chose que vous avez terriblement mal compris, au sujet de l'amour ; c'est qu'il n'est défini en aucune façon par vos actions, ni par l'approbation, ni par vos attentes ou vos désirs, ni même par votre solitude ou vos besoins. Vous commencez alors à voir à travers vos conditions, en les voyant simplement comme des conditions. A voir que vos idées sont simplement des idées. Ces conditions sont inutiles, comme une poche dont le fond est déchiré. Et quand vous voyez à quel point ces idées sont inutiles, quand vous voyez qu'elles ne contiennent aucune vérité, quelle qu'elle soit, alors, l'amour peut être vu pour ce qu'il est. Il est toujours dans le cur. Il imprègne toujours votre vie. Il a toujours été là, au centre de votre être. Au beau milieu de vos attentes, attendant patiemment que le ressentiment se dissolve. N'encourageant ni à faire confiance, ni à ne pas faire confiance. Vous ne pouvez pas tourner le dos à l'amour. De n'importe quel point où vous regardiez, il est là. Vous ne pouvez pas y être fermé. Vous pouvez seulement penser que vous êtes fermé. Pieds et poings liés par vos limitations, votre cur sent qu'il est dans le besoin, mais en fait, il n'est jamais dans le besoin.
Il est évident que les grands yogis ont trouvé qu'il est moins important d'être aimé que de savoir ce qu'est l'amour et simplement, d'aimer. Ne pas donner de l'amour, ne pas recevoir de l'amour, ne pas posséder l'amour. Le voir partout et le définir seulement comme son expérience de vie. Alors, où que les yeux se posent, vous pouvez voir l'amour. Où que la tête se repose, vous pouvez vous reposer dans l'amour. Quoique les mains puissent toucher, vous pouvez ressentir de l'amour. Il ne dépend pas du fait que vous êtes un garçon ou une fille sage, ni même de savoir si vous êtes belle comme une poupée Barbie ou si vous êtes vilain comme un GI Joe. Ces images de poupées plastiques rendent votre cur rigide. Mais laissez tomber cette rigidité sur le ciment. Laissez-la se rompre. Laissez-la se briser. Voyez qu'elle est inutile. Réalisez que vous avez été simplement conditionnés à comprendre les choses de cette façon, par ceux qui ont été eux-mêmes également conditionnés. Alors, vous saurez que vous n'avez pas à être ouverts ou fermés, dans la résistance ou dans l'acceptation. L'amour, c'est l'air que vous respirez, l'eau que vous buvez et la nourriture que vous mangez. Avez-vous déjà mangé de la nourriture qui a été cuisinée par une personne qui aime cuisiner ? Cela n'a rien à voir avec le fait d'ouvrir une boite de chili ! Donc, quand les choses sont faites avec amour, et que vous savez ce que cela signifie, alors, cela se répand également dans tout ce que vous faites. Vous savez ce que cela signifie !
Mais quand vous êtes préoccupés, avec vos idées sur ce que doit être l'amour, ou sur le fait que votre travail n'est pas ce que vous voudriez qu'il soit, ou bla, bla, bla, bla, bla - il y en a une liste sans fin ! - alors c'est le fleuve sans fin des complaintes au sujet de la vie. Ce que vous faites, et ce que vous ne faites pas, et ce que vous voudriez faire et
quand vous laissez simplement tout tomber, tout se briser, vous êtes déjà comblés. Vos attentes sont tellement douloureuses... elles sont comme des épines ! Et pourtant, vous êtes là, les mains posées sur les hanches, à proclamer comment devrait être votre monde : "si les événements devaient permuter d'un seul degré, même minime, vers ce que je pense qu'ils devraient être"
Et à nouveau, déception et méfiance ! Le monde entier pleure et souffre de telles idées. Nous oublions à quel point les choses peuvent être ce qu'elles sont. Oublions à quel point elles sont précieuses, exactement comme elles sont. Si l'univers entier comblait chacune de vos attentes, en fin de compte, vous seriez encore déçus, parce que vous vous êtes tellement intoxiqués à la déception ! Vous pensez que cela vous rend importants. Mais cela détourne votre attention vers ce que vous n'êtes pas. Vous avez été amenés à savoir, par la grâce du Guru et par l'observation, que vous n'êtes pas vos idées, ni aucun de vos concepts, pas plus que votre rigidité. Rien de tout cela ne vous appartient : ce n'est qu'un conditionnement. Souvenez-vous de cela, pour vous éveiller, pour véritablement vous éveiller, et pour voir les choses telles qu'elles sont vraiment : inconditionnées, amour inconditionné. Ceci est l'une des études yogiques les plus élevées de la vie et de son Soi, l'une des observations les plus merveilleuses. L'une des réalisations les plus nourrissantes.
Chaque Maître qui a atteint la maîtrise a dû passer à travers cette école de l'amour inconditionnel. Les êtres viennent au Guru, au Maître, du monde entier, pour entendre le Guru parler de la réalisation du Soi. De la véritable nature de l'être. Toujours, dans la conversation, toujours, même si l'amour ne constitue pas l'un des sujets du Satsangh, il est certainement éprouvé par tous ! Car l'amour est l'une des qualités qui maîtrise votre vie. C'est cela, qui met au monde une conscience parfaite de guerrier. Qu'est-ce que je veux dire, par "conscience de guerrier" ? Est-ce que je veux dire que je pars en guerre ? Non, je veux dire que vous conquérez vos idées. Quand elles s'effondrent, quand elles s'écoulent de vous comme de l'eau qui passe à travers un tamis, vous vous tenez debout, pleins de force et de clarté. Alors, vous êtes préparés à la vie et à tout ce qu'elle peut vous apporter. L'amour est votre nature, parce que c'est la nature de toutes choses. Vous observez ce qu'est la nature de toutes choses. "Mais je ne le sens pas, ShantiMayi". Oui, je sais bien, que vous ne le sentez pas. Mais vos sentiments sont conditionnés. Il n'existe pas de sentiment tel que la jalousie, dans l'amour. Vous ne voyez que jalousie, attente et contrôle. Mais l'amour n'a rien à voir avec ces idées-là. L'amour est là, il vous attend ; il attend le moment où vous allez vous détourner de vos limitations. Et quand vous le faites, vous pouvez voir que tout est immergé dans l'amour, dans cette conscience parfaite. L'amour, c'est la conscience parfaite. Il est conscient de tout en étant ce qu'il est, parce que tout est ainsi, et pour aucune autre raison.
Donc, voilà ce que je veux dire par "conscience du guerrier". Je parlerai de la conscience du guerrier dans de nombreux Satsangh, parce que même le guerrier se retrouvera un jour face à lui-même et se dissoudra alors totalement, dépourvu d'images, indéfini. Conscience parfaite : ce qu'il a toujours été. Ce qu'elle sera toujours. Mais le titre de guerrier ne reste encore qu'un terme. Qui se dissoudra dans le silence. Cela demande une énergie telle que celle qui dit : "je ne veux plus croire en ma pensée, en mon conditionnement. Je n'ai trouvé que souffrance en cela ; et cela doit être faux, et doit venir du fait que je pense que l'amour est limité. Je pense que je peux l'obtenir. Je pense que je peux le donner. Je pense que je peux en manquer. Je pense que je peux en avoir besoin. Et aucune de ces choses n'est vraie." Donc, voilà pourquoi je nomme le yogi un guerrier. Le guerrier est celui qui sait, qui réalise les choses telles qu'elles sont, en vérité. Pas seulement en croyant ce que dit le Maître, mais en testant le champ d'expérimenta-tion, en regardant à l'intérieur de son propre cur, en regardant à l'intérieur de son propre esprit, en regardant à l'intérieur de sa propre pensée ; et, voyant cela, il se demande : "cette pensée m'a-t-elle jamais servi ?" "La préoccupation, accompagnée d'attentes, ne me mènera-t-elle donc jamais nulle part ?" "Que vaut ma jalousie ?" "D'où viennent tous ces sentiments ?" Pourquoi est-ce-que je les sers comme si j'étais leur serviteur ?" "Pourquoi est-ce-que je leur cours après, dès qu'ils appellent ?" "Pourquoi est-ce que je les enflamme, les nourris, y pense?" "Je ne vais jamais au-delà. Je ne vais jamais voir ce qu'ils signifient. Je cours juste avec ce sentiment et le crois, parce que c'est ce qu'on m'a appris à faire."
Tout cela peut être OK pour la plupart des gens dans le monde, mais ce n'est pas OK pour l'être qui veut réaliser sa véritable nature. Ce n'est tout simplement pas OK. Il est vraiment particulièrement décourageant, de voir des aspirants spirituels, qui, année après année après année, continuent à tourner en rond dans ces mêmes vieux cercles vicieux, sans s'arrêter et dire : "mon Maître m'a dit d'observer une pensée, pour voir de quoi elle est construite. Ce qu'elle signifie et d'où vient cette signification. Et à qui est-ce que cela arrive ?" Mais, ceci est dit, et redit, et redit et redit. De la part du Maître, ceci est dit. L'amour est bénédiction. Il est grâce. Il est patience. Il est soutien. Il est la réponse à votre demande. Il est une offrande à votre cur. Mais quand la jalousie surgit, nous oublions complètement ce que le Maître a dit et nous nous laissons emporter par ces sentiments. Et nous y croyons. Et alors, nous disons : "oui, je suis jaloux. Je n'ai aucune confiance en ce monde, parce que je fais confiance à ma jalousie d'abord. Je fais confiance à mes attentes et quand elles sont brisées, je suis méfiant envers le monde entier. Je suis méfiant envers tout le monde. Et je suis méfiant envers eux pendant longtemps. Et ensuite, à nouveau, je recommence à tourner en rond dans le même cercle vicieux." Voir cela est très décourageant. Cependant, le Maître, à l'intérieur de vous, est infiniment patient, infiniment encourageant et infiniment reconnaissant. Et le Maître vivant aussi. Le Maître à l'intérieur de vous attend le moment où vous allez vous dire : "laisse le pot se briser sur le ciment, je ne le ramasserai pas. Je n'en recollerai pas les morceaux, pour que les attentes prennent à nouveau forme."
Par le passé, j'ai eu une disciple, qui me disait toujours qu'elle tournait en rond dans les mêmes cercles vicieux. "Je ne peux tout simplement pas arrêter", disait-elle. "Je suis si fatiguée, de courir dans ces mêmes sales cercles vicieux. C'est la même vieille saleté, que je trimbale encore et encore et encore. Que puis-je faire ?" Alors je lui ai dit : "arrête !" Elle tourne et tourne et tourne encore en rond, en trimbalant toujours la même vieille saleté. Les mêmes vieux schémas psychologiques. Les mêmes vieilles méfiances. Les mêmes vieux soucis qui n'ont jamais servi à l'éveiller. "ShantiMayi", dit-elle en reformant à nouveau le même cercle vicieux, en trimbalant à nouveau la même poussière, "que puis-je faire ? Je suis si fatiguée de tourner en rond et en rond encore et encore et encore. Je suis si fatiguée. Que puis-je faire ?" "Stop !!!" Et alors que je disais "stop", elle a recommencé à tourner dans un autre cercle vicieux, encore et encore et encore, en ne prenant jamais en compte les paroles du Maître. "Arrête, tout simplement !" Est-ce qu'il n'y aura donc jamais une fin à cela ? Ne serez-vous donc jamais capable de voir ce qu'est vraiment l'amour ? Bien sûr que vous le verrez. Mais vous devez d'abord arrêter de servir vos idées. Arrêter de limiter l'amour inconditionnel. Vous devez arrêter de servir vos notions, de verrouiller vos petites barrières et de les réparer à chaque fois qu'elles tombent. Les verrous de votre cur n'existent pas. Les barrières sont irréelles. Les pensées sont entièrement et totalement dénuées de substance. Cela, vous devez le voir. Quand vous verrez que cela est dénué de substance, et que ce n'est que du conditionnement, alors, vous verrez. L'amour est un principe inconditionné qui imprègne tout. Si votre mental commence à y penser, de la manière suivante : "oui, mais alors s'il en est ainsi, pourquoi y a-t-il tant de haine ?", pensez simplement qu'il y a tant de haine parce que vous servez vos sentiments. Vous servez vos idées et vos attentes. Vous servez vos méfiances ; vous servez vos désirs et votre convoitise. Vous avez complètement oublié que l'amour est là tout le temps. Quand vous le voyez pour ce qu'il est, vous réalisez que vous êtes entièrement dépourvus de besoin. Vous vous sentez si petit, dans le visage de l'amour... Kabir a dit, une fois : "comment puis-je seulement oser penser que j'ai déjà connu l'amour ?" Il est tellement vaste... Il n'est pas simplement quelque chose qui se produit entre deux personnes. Comment osez-vous dire que vous le connaissez ? Il en va exactement de même pour la réalisation de Soi. Comment osez-vous dire que vous vous connaissez vous-même, quand cela est si vaste et si vide, si pur et si clair, si immuable et si absolu ? Vous pouvez demeurer dans la connaissance que vous ne connaissez rien. Alors, vous pouvez connaître. Alors, vous pouvez être. Alors, vous pouvez voir que l'amour inconditionnel imprègne tout, ce qui est également connu sous un autre terme : pure conscience. Donc réfléchissez-y, prenez cela en compte ; ne trimbalez pas la poussière en tournant en rond dans le même vieux cercle vicieux, encore et encore et encore. Prenez en compte la conscience du guerrier, et ce qu'elle signifie. Laissez le pot se briser. Continuez. Réalisez votre Soi et réalisez votre véritable nature, par l'amour inconditionnel.
Transcription et traduction de l'enseignement intitulé "Love is love", de ShantiMayi, Sacha Dham, Inde 1998 ©. (Ce CD est disponible en anglais, contact : jivanjili@xs4all.nl).
ShantiMayi© 1998