L'ego, c'est ce que je pense être
Cela ne veut pas dire que l'ego est une chose ; il s'agit davantage d'une indication de ce que l'on pense être. Il peut être compris comme la saisie, ou l'identité attachée. Descartes disait : "je pense donc je suis". Mais en fait, il avait compris ceci à l'envers. Je suis donc je pense. Un enfant n'est pas né en pensant. Un enfant est dénué de pensée. Il est. L'enfant est en fait dépourvu d'ego. Le sens de l'ego, ou notre identification avec le royaume de l'expérience, est pareil à un faux vernis. Nous nous définissons par identification, par des impressions, des désirs, des sentiments et des conditions sans fin : "je suis triste", "je suis heureux", "je suis occupé", "je suis désolé", "je suis important", "je suis malheureux", "je suis aimé", "pas aimé", "sage", "idiot", "j'ai beaucoup de succès" ou "je suis en échec", "je suis obligé", "je ne suis pas obligé", "je suis protecteur", "je suis déchiré". Tout cela ne représente que quelques-unes des identités auxquelles les êtres humains s'identifient. Ces noms infinis que les humains s'octroient constamment tels que "mari", "femme", "président", "jeune", etc..., de même que ceux dont ils se débarrassent constamment, d'un instant à l'autre. Le sens de l'ego est pareil à un masque ; il est comme une référence personnelle de ce que l'on est ou devrait être, ou même, ne devrait pas être. Et pourtant, personne n'est en fait quoi que ce soit de ce auquel il s'identifie ou de ce qu'il pense être. Après tout, ce à quoi l'on s'identifie n'est rien de plus qu'une expérience qui passe. A la différence de toute autre expression de vie, les humains, mènent un combat du sens de l'ego pour satisfaire la folie de représenter quelque chose pour quelqu'un. Juste pour proclamer "je suis" (ceci ou cela, ou ceci et cela) à une réflexion dans le miroir. Ceci et cela semble rajouter une touche de maquillage, bien appliquée sur la façade de la personnalité. Et pourtant nous savons que la beauté intrinsèque est en réalité indépendante de tout ce qui peut être enlevé ou rajouté. Le sens de l'ego, l'identité, est une expression intégrale de la condition humaine. Il s'agit de l'être, enchevêtré dans l'expérience de la vie. Et c'est en devenant mûr, en épuisant une fois pour toutes le sens de l'ego, que l'on est envoyé dans la profonde quête de l'être. La quête de la vue intérieure en soi-même a tant d'expressions, que ce soit au niveau scientifique, créatif, spirituel, pour n'en citer que quelques-unes. Ce sont les limites étroites du sens de l'ego qui nous plongent dans la possibilité de l'illimité. Qu'il s'agisse d'une investigation infinie à l'intérieur de sa propre nature, l'existence, ou d'aller au-delà des dernières limites de l'intelligence. L'épuisement du sens de l'ego sert à faire avancer la Noble Sagesse au-dedans de nous et de notre vie. Ou alors, le fait de se soumettre aux oscillations du "je suis ceci ou cela" peut comporter un si grand danger, que toute notre vie peut être broyée, sur une ligne tirée entre "moi et toi", "ma voie et la tienne". A ceux qui mûrissent spirituellement - ce qui signifie qu'ils commencent à voir les choses telles qu'elles sont, non colorées par la projection ou ligotées par le conditionnement - il est rappelé sans cesse que le sens de l'ego est l'ennemi d'une compréhension véritable. Ce sens de l'ego doit être abandonné, et il doit l'être complètement, sans quoi aucune clarté n'est possible, tout simplement. Même lorsqu'un sens profond et extrêmement simple de la totalité est compris, le sens de l'ego, même s'il n'est pas une chose, est considéré comme un oscillement entre splendeur et ignorance. Le sens de l'ego peut être extrêmement subtil. Ce n'est pas une question de bien ou de mal, c'est une question de compréhension, ou d'illusion. L'illusion représente également une grande partie de l'expérience de la vie : elle est l'une des possibilités les plus présentes de façon conséquente, offertes par la vie à chacun et à tout instant. En fait, l'illusion a sans cesse ordonné les choses dans ce monde de façon juste. C'est à travers les limites que nous en venons à connaître ce qui se trouve au-delà d'elles. C'est à travers nos erreurs que la sagesse perce, telle un rayon lumineux. Le sens de l'ego est important, il est le lieu où notre expérience est stockée, il est ce que nous en venons à penser de nous-mêmes. Il ne peut pas, et ne doit pas, être éliminé prématurément, car d'une certaine façon, il est la fondation sur laquelle nous nous tenons. Cependant, cette fondation est, en fin de compte, faite de sable et se modifie par une constante succession d'identités qui traversent notre vie. Plus l'on mûrit, plus l'on va au-delà de ses identités ; et plus l'on se débarrasse de la cape de l'individualité, plus l'on se libère des limites du "moi et toi". En fait, ce sens de l'ego n'a aucune réalité, il n'est rien d'autre qu'une expression. Peut-être l'ego peut-il être considéré comme l'attachement - et l'identification - aux conditions de l'expérience humaine. L'état dépourvu d'ego pourrait, lui, être vu comme la condition inconditionnée de l'expérience humaine. Conditionnée parce qu'elle existe, et inconditionnée parce qu'elle n'est pas contrainte par le conditionnement. Quoi que l'ego soit ou ne soit pas, ceci est naturel. Certains le surmontent, de nombreux autres en sont lourdement encombrés, et pourtant, il s'agit là d'une expérience intégrale de la condition humaine. Quelques remarques Pour entendre l'ego et l'état dépourvu d'ego de l'expérience humaine, l'on peut écouter l'Adagio de Barber, un morceau de musique classique. Récemment, une bande dessinée a été publiée dans un magazine populaire. Dans cette bande dessinée, Dieu était dans sa cuisine, en train de créer un être humain. Tout se trouvait dans la marmite : l'intelligence, la curiosité, l'attraction, etc... Dans la marmite de l'expérience, il a rajouté de la stupidité, pour donner un peu de piquant à la saveur de la vie. C'est très drôle, et très exact.
ShantiMayi©2001 |
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