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ShantiMayi - The Un-Spun Web

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LES BEBES ET LES SAGES

En fin de compte,
l'existence est tellement, tellement sage !

Lorsque nous sommes arrivés sur cette planète, notre esprit était grand ouvert comme l'espace, nous ne connaissions aucune différence. Tout ce que nous rencontrions était nouvelle exploration. Nous n'avions nullement besoin d'argent, tout ce dont nous avions besoin nous était donné par l'existence et de toute façon, nous n'avions pas besoin de grand-chose. Nous avions beaucoup de temps à notre disposition, ce temps-là se déversait sur nous à la manière d'une cascade et nous n'avions rien d'autre à faire que de vivre pleinement notre vie et nous épanouir, comme le fait la pivoine. C'était le temps des sourires et des éclats de rire, sans raison précise et personne ne nous le reprochait. Lorsque nous étions calmes, nous étions calmes. Lorsque nous mangions, nous mangions. Lorsque nous dormions, nous dormions.

Si nos yeux étaient si radieux et si clairs, c'était parce que le désir n'avait pas encore pénétré dans leur transparence cristalline. Notre cœur était ouvert pour chacun, si ouvert que nous étions réellement illuminés par la légèreté de notre innocence. Nous nous abandonnions totalement, telle une feuille emportée par le souffle du vent. Au réveil, notre journée était vécue à travers les évènements qui survenaient et ne dépendait pas de notre obstination. Nous avions confiance en toute chose sans questionnement et pardonnions tout sans même le savoir. Nous n'avions pas un seul souci et pas un seul ennemi non plus.

Il fallut que l'on nous enseigne le confort et la mode. Il fallut que l'on nous dise que nous avions ceci et cela, sinon, nous ne l'aurions pas su.

Nous n'avions aucune idée de genre, de frontière, de nation, de couleur de peau ou de religion séparée. Nous ne savions pas comment blesser quiconque et n'avions aucune raison de le faire. Nous étions simplement ce que nous étions et n'avions pas besoin d'être quoi que ce soit d'autre ou de ressembler à autre chose. Nous n'avions nul besoin de cacher quoi que ce soit ni de manipuler qui que ce soit, parce que nous étions totalement libres. Nous ne volions pas ce que les autres avaient parce que nous n'avions aucun désir ou envie insatiable. Nous étions pareils à la rosée du matin, neufs à tout moment, fluides et accommodants.

Nous n'avions aucune connaissance du profit ; en d'autres termes, nous étions libres de la tentation d'en faire. Nous n'avions nul besoin de faire pour que quoi que ce soit se produise.

Ainsi étaient ces temps-là.

Au fur et à mesure que les minutes, les mois et les années nous faisaient grandir… notre manière d'être dans le monde nous a imprégnés de la même façon que l'océan imprègne une éponge.

Tout et tous nous conditionnaient pour que nous rentrions dans les petites boîtes de l'identité, similaires de façon saisissante à celles qui avaient conditionné nos parents, alors qu’ils grandissaient. Et même s'il en alla ainsi, nous ne reprochions rien à qui que ce soit pour ce qui se produisait. Une fois inondées par quelque chose de plus que les informations sans importance, nos identités devinrent encore plus étriquées et nous fûmes bloqués par des croyances dont nous n'avions certainement nul besoin. Mais tout le monde les avait, alors il fallait bien que nous les ayons aussi ! Ce qui ne veut pas dire que fut inutile tout ce que nous avons appris ; une bonne partie était non seulement importante, mais absolument nécessaire afin de survivre sur cette planète. Et pourtant, nous étions nourris de nombreuses erreurs humaines. Chacun savait, dans son cœur, que ceci était mauvais, mais comme ils avaient dû avaler ces erreurs, nous devions le faire nous aussi. Nous avons perdu les occasions de rire franchement sans raison parce que bien que tout le monde souhaitât le faire, nous avions oublié comment le faire.

C'est ainsi que se poursuivit le conditionnement, jusqu'à ce que notre mental se retrouve divisé, pareil au plan des rues de Londres, en petits quartiers. Et ce n'était pas tout. Aussi longtemps que nous l'acceptions, cela pénétrait en nous. Personne ne nous disait qu'il n’était pas nécessaire d'accepter tout cela… Cela, il fallait que nous le découvrions par nous-mêmes.

Maintenant que la lumière s'est atténuée, nous établissons clairement les différences entre ce qui nous appartient et ce qui leur appartient, entre ce qui constitue nos limites et les leurs. Nous avons nos raisons, ils ont leurs torts. Comme notre mental a rétréci pour ne plus mesurer que la largeur d'un cheveu, nous sommes formatés comme un mouton de plus dans le troupeau massif de l'humanité.

Avec la télévision, les panneaux d'affichage et le battage médiatique qui s'abattent de toutes parts sur nous de façon criarde, nous sommes bombardés d’idées et d’imageries inutiles, exactement comme un toit en tôle est bombardé lors d'une tempête de grêle. Vouloir, vouloir, vouloir, vouloir !!! Je le veux comme ceci. Je le veux autrement. Alors que ce qui est réellement important pour notre âme paisible s’éloigne de nous et part à la dérive, pareil à un ballon qui s'envole dans le ciel.

Il semble que le monde ait été retourné à l'envers, ainsi que le disait Bouddha, 2500 ans plus tôt.
Il a dit : "ce qui est juste est perçu comme erroné et ce qui est erroné est perçu comme juste. Ce qui est bon est perçu comme mauvais et ce qui est mauvais est perçu comme bon. Ce qui est vrai est perçu comme faux et ce qui est faux est perçu comme vrai." Et en fin de compte, l'affaire se corse de plus en plus et je ne dispose pas d'assez de temps et d'espace pour l'exprimer. Mais vous connaissez assez bien vous-mêmes l'histoire de votre vie pour savoir ce de quoi je parle.

Depuis notre arrivée sur terre, nous remplissons à bloc notre esprit et notre cœur de besoins, à tel point que nous souffrons tout le temps d’une charge, à la fois mentale et émotionnelle. Jusqu'au moment où nous ressentons que le poids de notre désir incessant est bien trop lourd à porter pour "un Cœur Un". C'est ici précisément que se trouve l'instant d'une renaissance authentique. C'est ici précisément que la graine du Sage craquelle et s'ouvre, à l'intérieur de nous. Lorsque nous cessons de porter le monde extérieur, nous le laissons tomber comme un seau de plomb chaud. Libérés de tout encombrement, nous nous dirigeons vers le sanctuaire intérieur de notre cœur, pour une réflexion et un renouveau.

Au cœur du refuge divin, l'on peut se demander : qu’est-ce que cette force, et quels sont ces besoins artificiels ? Que sont ce désir douloureux et cette haine de tout ce qui se trouve autour de nous, dans un monde de contrôle, de rétention et de séparation ?

”L'intérieur” est la réponse et c'est l'intérieur qui indiquera l’issue de sortie de cette pagaille et des décombres de l'ego humain. Chaque parcelle de notre vie nous projette en même temps vers l'avant et vers l'arrière. Vers l'avant dans une maturité plus grande et vers l'arrière (à l'intérieur), vers l'illumination (si nous avons la volonté d'y aller). Nous sommes nés illuminés et nous sommes éduqués dans des conditions persistantes qui semblent limiter le flot naturel de la liberté qu’en réalité, nous sommes. Dans la vie de chacun, il y a des moments où la brèche doit se refermer, pour que le cœur puisse à nouveau resplendir librement, tel un Bouddha re-né.

Ceci est la voie des Sages, être libre parmi les décombres, au beau milieu du désordre, exactement comme un bébé. Le Sage a néanmoins une chose que le bébé n'a pas, c'est la sagesse conférée par le fait, si précieux, d'être libre du troupeau, d'être la liberté elle-même. Le Sage sait que chaque circonstance est vacuité, il n’y a rien à quoi se raccrocher, ni par le souvenir ni par le ressentiment.

Quelquefois, l'on voit dans des vieux dessins chinois représentant un Sage qu'il / elle porte un sac sur l'épaule, tout en marchant sur la route. Ce sac est le symbole de la sagesse et de l'habilité qu'il / elle a apprises, tout au long du chemin de l'ego humain. Dans ce sac, il / elle porte la compassion et les offrandes au monde. Le sac est petit parce que presque tout ce qu'il contenait a été abandonné et le retour à la vacuité, à l'amour et à la liberté ne requiert lui, aucune charge. Le Sage retourne à l'arrivée. Avancer et reculer en même temps, sans avoir à se déplacer dans quelque direction que ce soit, pas plus qu’à demeurer où que ce soit. Le Sage ranime le bébé à la lumière de la maturité, en protégeant cette liberté sans forcer le naturel.

Le bébé et le Sage aiment naturellement, sans créer ni soucis ni ennemis. Nous sommes pareils à la rosée du matin, frais à tout moment, fluides et flexibles, apparaissant et disparaissant sans nous imposer.
Notre esprit est grand ouvert comme l'espace, nous ne connaissons aucune différence et tout ce que nous rencontrons est nouvelle exploration.

Nous n'avons nul besoin de richesses excessives, tout ce dont nous avons besoin nous est donné ; du reste, nous n'avons pas besoin de grand-chose. Le temps passe sur nous comme l'eau d'une cascade et nous n'avons rien d'autre à faire que de vivre pleinement notre vie et de nous épanouir comme une pivoine. Nous sourions et rions beaucoup sans raison apparente et personne ne peut nous condamner pour cela. Quand nous sommes calmes, nous sommes calmes. Quand nous mangeons, nous mangeons. Quand nous dormons, nous dormons.

Notre Coeur est grand ouvert pour chacun, si ouvert qu'en réalité, nous avons été illuminés par la clarté de notre réalisation. Nous nous abandonnons telle la feuille emportée par le vent. Quand nous nous réveillons, notre journée est vécue à travers les événements qui se produisent et non suivant notre volonté. Nous avons confiance en toute chose sans questionnement et pardonnons tout sans même le savoir.
Nous n'avons pas d'idée de frontières, de nations, de couleurs de peau ou même, de religions distinctes. Nous ne savons pas comment faire du mal à quiconque et n'avons pas de raison de le faire. Nous sommes ce que nous sommes et nous n'avons nul besoin d'être quoi que ce soit d'autre ou de paraître être autre chose. Nous n'avons pas besoin de dissimuler quoi que ce soit ni de manipuler qui que ce soit, parce que nous sommes entièrement libres. Sur cette planète, chacun arrive illuminé, portant en lui le Sage éternel, qui préserve l’illumination.

Cela ne serait-il pas fabuleux, si le monde était gouverné par un cœur tel que le vôtre ? Tout est possible. Cela commence et finit avec vous.

ShantiMayi

Ecrit pour le magazine "Wegweiser" (avril 2003) et publié en langue allemande.

3e Millénaire Magazine

 

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