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ShantiMayi - The Un-Spun Web

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Questions & réponses

C'est à vous de voir

"Alors, à quoi avons-nous abouti, au terme du moment que nous avons passé ensemble? Et bien, nous avons mis en lumière ce que les sages ont toujours dit. Allez au-delà de vos idées et de vos conclusions. Quels que soient les concepts que nous employons pour nous élever, laissons-les se dissoudre, comme des empreintes sur l'écume des vagues. Soyons réellement libres. Assez libres pour voir le joyau en chaque être, à chaque moment. Nous n'avons pas besoin de créer de nouvelles lois spirituelles, qui peuvent également se disperser, face à la totalité silencieuse. Les principes ouvriront leurs secrets par l'intégrité et l'amour, par la non-saisie, la sincérité authentique et une volonté de voir les choses telles qu'elles sont réellement, sans ornementation ni jugement. Vous arriverez à comprendre que vous êtes l'Un incompréhensible."

La véritable investigation

Question :

Chère ShantiMayi,
J'espère que vous pourrez disperser quelque confusion pour moi, sur une question qui me trouble depuis quelques temps. Je n'arrête pas d'entendre, principalement par les gens de l'Advaita, que je ne suis pas mon esprit, pas mon corps, pas mes pensées, pas mes émotions, rien... que je ne suis rien que conscience. J'entends que je suis cette conscience qui anime le corps et l'esprit que j'ai. Bien... merveilleux !!! Je sens que ceci est vrai. Et pourtant, j'entends ensuite que je ne suis "l'auteur" de rien... comment se peut-il que je n'en sois pas l'auteur, si je suis le principe qui anime, l'intelligence consciente derrière chaque pensée, mot ou action ? Et puis, j'ai entendu, de la part de plusieurs enseignants "illuminés", qu'il n'existe absolument aucun libre-choix, et que chaque pensée, mot, action ou acte, qu'il soit vertueux ou violent, est en réalité prédéterminé, et que nous ne sommes que des récipients pour tout ce qui se produit à l'intérieur (certains utilisent l'argument du "non-auteur" pour prouver la justesse de la féminisation, du mensonge et de la tromperie). A vrai dire, ceci a été "prouvé" par la science, d'après certains, qui démontrent que le cerveau, en fait..."

ShantiMayi :

Cher G., Namaste.
Je vais insérer vos mots dans cette lettre et répondre ainsi à vos questions.
D'abord, j'aimerais dire que je suis entièrement d'accord avec vous. Cependant, cela ne signifie pas que tous les enseignants de l'Advaita délivrent un enseignement qu'ils ne comprennent pas eux-mêmes entièrement ; mais il y a là effectivement suffisamment d'éléments dérangeants. Cela se produit dans toute tradition et dans l'absence de tradition également. Partout où je vais, les gens qui sont matures et qui sont doués de discernement* sont sérieusement préoccupés par la question même que vous avez soulevée.
Le mot "illumination" est tellement utilisé sans la moindre circonspection qu'il est devenu une plate-forme pour tous ceux qui souhaitent être dans une position d'autorité, même s'ils n'en ont pas entièrement compris eux-mêmes les principes.
Donc, que faire ? Pas grand chose, à l'exception de ce que vous avez fait. Examinez assez profondément vous-mêmes, pour découvrir où les enseignants spirituels cultivent la séparation et découvrez pourquoi. En tous les cas, cette possibilité est merveilleuse en elle-même. Buddha a dit : "tu es une lumière par toi-même" ; à partir de ce que l'on peut voir, c'est là que cela s'applique, d'une façon particulièrement évidente. Donc, je vais ajouter vos mots ici et y répondre.

G :
J'espère que vous pourrez disperser quelque confusion pour moi, sur une question qui me trouble depuis quelques temps. Je n'arrête pas d'entendre, principalement par les gens de l'Advaita, que je ne suis pas mon esprit, pas mon corps, pas mes pensées, pas mes émotions, rien... que je ne suis rien que conscience.

SM :

Vous dîtes que vous avez entendu, mais en fait, vous devez "voir" par vous-même. Lorsque un véritable jnani parle de "Je suis", son but se situe au-delà de ce que nous avons été amené à accepter comme le "je" (c.a.d. le corps, la pensée, le nom, le pays, le genre, etc.). Le "je suis ceci" et le "je suis cela" sont véritablement enracinés dans le "Je suis". Il s'agit là de l'expérience et de l'identification, qui changent constamment. C'est le "Je suis" qui subsiste au centre de toute expérience. Dans le Mahayana (le Buddhisme non dualiste), toutes choses sont comprises comme étant impermanentes : ainsi, elles ne sont pas séparées, le "Je Suis" et l'expérience sont inséparables. Ceci est absolument exact. A la fois le "Je Suis" et tout ce qui est expérimenté, tout ce que cela peut être ou peut être identifié comme étant, tout est vide de contenu substantiel, de A à Z. Par conséquent, le corps, le "Je Suis", le genre et cette précieuse vie sont un flux inséparable de changement. Le changement est vacuité et la vacuité est possibilité. Ainsi, même les changements ne sont pas séparés de celui qui ne change pas. Il y a en fait une seule totalité. Aussi loin qu'aille la conscience.
Il est merveilleux de demander à l'un de ces enseignants ce qu'est véritablement la conscience et s'il existe quoi que ce soit au-delà de la conscience. Il existe huit sortes de conscience. Conscience signifie "connaissance et perception". Connaître ou percevoir connote une multiplicité, donc "être conscience" signifie que vous êtes multiplicité (parce que conscience signifie "connaissance", parce que cela signifie "toutes choses"). Je ne suis pas conscience, bien que je ne sois pas séparé de la conscience. Je ne suis séparé de rien ; je ne suis pas non plus séparé de cela, qui n'est aucune chose ou l'ensemble de toutes choses. Rien ne peut définir qui Je Suis. Je Suis, au mieux, au-delà de tout ce que j'expérimente et pourtant, je ne suis pas différent de l'essence de toute expérience (voilà ce que ShantiMayi a vu, depuis l'intérieur de son cœur). Nisargadatta a dit une fois d'une façon merveilleuse (je paraphrase) : lorsque je suis amour (connaissance), je suis toutes choses (et c'est tellement exact !). Lorsque je suis sagesse (au-delà de la conscience ou de la connaissance dualiste), je ne suis aucune chose ; et ma vie est une constante fluctuation entre les deux.

Ceci est plus exact que de dire : "tu n'es pas ceci, ceci et cela", ou "Tu es Cela uniquement".

Etre uniquement conscience signifie que vous êtes effectivement tout ce à quoi vous vous identifiez et un ensemble inépuisable de tout ce qui peut jamais être et plus encore, parce que la conscience est toutes choses.
Et toutes choses dans la conscience ne sont aucune chose, et vacuité également. Donc en cela, vous n'êtes pas la conscience. Cela requiert une profonde investigation, pour voir au-delà de l'élaboration conceptuelle d'un enseignant à demi immature au sujet des "enseignements". Sinon, vous restez coincés dans la langue spirituelle dans laquelle tant de personnes restent coincées. Elles pensent qu'elles comprennent, mais elles sont, en fait, loin de goûter à la véritable saveur de la sagesse.
Je suis désolée de faire un si long discours, mais je veux traiter ce sujet de façon détaillée.
Je pense que vous abordez une question que les gens veulent éclipser, pour observer les choses en prétendant les comprendre. Quel dommage ! Je pense qu'il est bien mieux de prendre tout le temps nécessaire, pour explorer vraiment au plus profond. Même après la réalisation, le fait de cultiver la sagesse qui s'est ouverte ne cesse jamais. Voilà ce qui manque aujourd'hui, et voilà ce en quoi les anciens Maîtres Ch'an excellaient. Ils ne cessaient jamais de déployer leur sagesse jusqu'à la limite extérieure (et intérieure) la plus éloignée possible, et puis, de l'étendre encore de la largeur d'un cheveu, et d'un peu plus encore ; et ceci, ils ne cessaient de le faire. Si la sagesse ne se révélait pas clairement dans leur vie, alors ils étaient tout simplement des êtres non sages. Ils étaient même prêts à être pris pour des fous, pour pouvoir prendre le véritable remède et surmonter la maladie de l'hallucination. Nous devons tous être prêts à voir là où nous avons tort, pour que la justesse se mette naturellement en place. Si leur épée de diamant ne tranchait pas à l'instant même où cela était nécessaire, alors ils savaient qu'ils n'avaient pas maîtrisé une vue profonde et habile. Ceci m'inspire profondément : ne jamais arriver, ne jamais partir... Mais les gens peuvent abuser facilement du trésor, même innocemment. Voilà pourquoi le guide devrait connaître le chemin avant de conduire les autres à tourner en rond.

G. :
J'entends que je suis cette conscience qui anime le corps et l'esprit que j'ai. Bien... merveilleux !!! Je sens que ceci est vrai. Et pourtant, j'entends ensuite que je ne suis "l'auteur" de rien... comment se peut-il que je n'en sois pas l'auteur si je suis le principe qui anime, l'intelligence consciente derrière chaque pensée, mot ou action ?

SM :
Ceci est en effet déroutant, contradictoire et beaucoup trop définitif. C'est l'une de ces fissures spirituelles : tu es ceci et pas cela. Tu es manifestement, et tu n'es pas, manifestement. C'est le piège le plus inutile dans lequel vous pouvez tomber. Si vous examinez très profondément à l'intérieur du "je", vous ne trouverez pas de racine ou de source au "je". Et pourtant, toute cette variété d'expériences est perçue et centrée dans le "je". Ceci est observable, mais pas explicable (manifestement). Les Bouddhistes disent que la vie est "semblable à un rêve", par nature. C'est comme dans un rêve : celui qui apparaît à l'intérieur du rêve est et n'est pas à la fois. Nous tentons trop souvent de capturer le ciel en une phrase.

Examinons les points suivants :

1. Maintenant, vous avez une nouvelle "identité spirituelle", maintenant vous êtes un "non-acteur".

2. L'acteur est quelque chose qui est séparé de vous. Je n'ai tout simplement jamais vraiment compris à quel moment ces deux-là se réunissaient et à quel endroit ces deux morceaux se recollaient !

3. Et le point suivant est vraiment spécial.
Une personne est une entité privée et sait ce qui est en train de "faire" et de "non faire", qui est un "acteur" et qui est un "non-acteur". Krishna a dit dans la Bhagavad Gita : "l'action est si mystérieuse que personne ne connaît les voies de l'action". J'ai trouvé cela extrêmement véridique. Cela émane vraiment d'une profonde sagesse. C'est un mystère irrésolu par les platitudes et les certitudes spirituelles. Nous savons que les planètes tournent autour du soleil et que "le tout qui est" n'est pas dû à qui que ce soit ; et pourtant, je ne peux pas dire que je suis séparé de ce qui semble être fait. C'est semblable au rêve, est impermanent et "est", avec ou sans moi. Cependant, il n'est pas si audacieux de dire que je connais le thème central au fait d'exister, de faire, à la volonté, au choix et à l'effort. En examinant profondément - ce que je continue à faire -, ce que j'ai trouvé ne peut reposer sur aucune des proclamations mentionnées plus haut. Et cette compréhension ne dépend pas non plus du tout de quoi que ce soit : elle est une véritable délivrance et pourtant, n'a aucune position ou opinion à affirmer ou à défendre. Le fait suivant est certain : cette "vérité" est indéniable et totale à travers l'éternité et l'infinité, et au-delà même ; elle est inépuisable, incommensurable, indivisible et absolue, et elle est l'essence même de tout ce qui peut être et de tout ce qui a toujours été. Elle est inconnaissable, et pourtant, elle est la nature même de toutes les natures. Elle est toujours et éternellement vraie en tout et ne dépend de rien.

Ceci est le joyau de mon cœur. Si l'on abuse de cette sagesse en ne la prenant pas à cœur et en ne la réalisant pas en son centre, c'est là qu'apparaît alors l'imbécile. Quand ce joyau est présent de façon évidente en chacun et en toute chose et continue à révéler ses secrets, c'est là qu'est le sage.

G. :
Et puis, j'ai entendu, de la part de plusieurs enseignants "illuminés", qu'il n'existe abso-lument aucun libre-choix, et que chaque pensée, mot, action ou acte, qu'il soit vertueux ou violent, est en réalité prédéterminé, et que nous ne sommes que des récipients pour tout ce qui se produit à l'intérieur (certains utilisent l'argument du "non-auteur" pour prouver la justesse de la féminisation, du mensonge et de la tromperie). A vrai dire, ceci a été "prouvé" par la science, d'après certains, qui démontrent que le cerveau, en fait..."

SM :
Peut-être que le "Je Suis" est le libre-choix en action ? A qui appartient le "Je Suis" et qui l'a choisi ? Suis-je différent de l'Un ? Un autre point que j'examine est le suivant : est-ce-que le terme "volonté" s'applique réellement au flux universel ? Peut-être n'est-ce pas un terme approprié, dès le départ? Peut-être cette prémisse même est-elle une erreur ? Abuser des enseignements signifie aller tout droit en enfer, ici et maintenant, sur cette terre. "Là", c'est le lieu où l'on cesse de s'éveiller, de dormir et de déclarer que l'on est éveillé.
En réalité, je n'ai jamais trouvé utile d'affirmer à quelque disciple que ce soit qu'il vit une vie prédestinée dans chaque détail. Parce que ces notions sont des charbons ardents qui peuvent mener à tous les abus. Bien sûr, les esprits intelligents vont automatiquement affirmer qu'ils sont dépourvus de choix et qu'ils accomplissent leur destinée.
Une vie non versatile traduit une sorte de maturité qui est si parfaite et si claire que le besoin d'une idée telle que "n'avoir aucun libre-choix" ou "être dépourvu de choix" ne surgit même pas. Cette notion dépourvue d'expérience crée un lourd fardeau. Il est dommage de vous conditionner par de telles notions.
Expérimentez ce qui doit être, dans une acceptation ouverte et totale de la vie telle qu'elle est. C'est "là" que réside la sagesse, et il n'y a alors aucune question de "ceci" ou de "cela".
Il y a un beau passage hébreu qui touche ce point. Il dit qu'il y a certaines choses qui sont destinées**, telles que vos parents ou le pays où vous êtes nés ou bien, le fait que vous ayez un corps masculin ou féminin. Mais il y a certaines choses qui ne sont pas laissées à la destinée, comme par exemple, la question de savoir si vous allez aimer Dieu ou pas. Nisasargatta a dit que le karma (l'action) est pareil à un filet : quelquefois, vous vous y laissez prendre et quelquefois, vous passez par les trous. Le potentiel est mort, dans un univers où chaque action est pré-inscrite dans le roc. "Là", tout ce qui est "pré" a été, et est toujours maintenant. "Maintenant" est destiné parce qu'il est, mais je ne peux digérer complètement le "pré". Le "pré" dépend du temps et le temps n'a jamais été un facteur entièrement prouvé, ni par la science ni par le yogi, qui ne considère pas le temps comme réel, bien que la durée "semble exister". En fait, il n'existe que le "maintenant". "Maintenant" est un flux d'éternité et d'infinité et pas une demeure stable. Ceci est observable.
J'adore ce passage hébreu parce que le fait que toutes choses soient totalement prédestinées ne laisse aucune place à la possibilité. Je pense que les points les plus importants mis en lumière par votre lettre sont que les "enseignements" sont aisément acceptés avant d'être examinés et compris au cœur de son propre être (si l'on peut s'exprimer ainsi), au cœur de sa propre expérience. On peut abuser si facilement de la grande beauté (des "enseignements illuminants"), "dans le but de faire", ce qui est en conflit avec l'intégrité et la magnificence spirituelles, tout en se considérant soi-même comme libre !

Regarde à l'intérieur et sache que la grande Vérité de la sagesse est à l'intérieur de toi et que ce qui est à l'intérieur de toi est la nature même de toutes choses. Alors tu seras incapable, littéralement incapable, de commettre des abus ou de cultiver l'égoïté. Tu te dissoudras dans l'amour et poursuivras ta route sur la voie de ceux qui ne laissent pas de traces.

La spiritualité n'est pas une prison constituée par le "faire" et le "non-faire" ; c'est une liberté au-delà de ces idées et une chose inoffensive, qui brille comme l'amour et la simplicité. "Là" le sage réside en lui-même, comme un océan d'expérience et comme le sommet au-delà, impossible à atteindre.

Je vous envoie beaucoup d'amour. Je suis tellement touchée par votre volonté de ne pas prendre à la légère ce qui doit être pris profondément en considération....... c'est une chose très rare, oui, vraiment rare !

* Hongzhi a dit, il y a bien longtemps : "un discernement sans équanimité n'est pas un véritable discernement. Une équanimité sans discernement n'est pas une véritable équanimité."

** La destinée est ce qui est. Ce qui est définitif (ce qui constitue une définition de la destinée). Ce qui est définitif est une possibilité utilisée. Une possibilité inutilisée est une ouverture sur une ouverture sur une ouverture, multipliée par autant de fois auxquelles vous pouvez penser.

ShantiMayi©  2000-01
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