Transformer l'adversité en conditions favorables Comme le feu de l'Alchimiste transmue le métal vil en or, Chacun sait, simplement en vivant, que la vie évolue par vagues. Il y a des moments où tout avance facilement sans rencontrer d'obstacles. Puis, la difficulté s'insinue et prend de l'ampleur et finit par s'écraser à toute allure sur notre autre rive, qui sans cela, est paisible. Quand la vie s'écoule à peu près bien, nous pouvons sentir jusque dans nos os que juste au coin de la rue, les ombres interminables de la complication sont tapies. Alors la question suivante surgit : y a-t-il jamais un moment, dans la vie, qui soit complètement exempt de problèmes ? L'on peut se demander en premier lieu pourquoi nous devrions vivre une vie spirituelle, si les difficultés ne cessent d'inonder notre existence. En fait, les défis de la vie présentent des occasions de mettre en uvre des transformations, d'utiliser notre créativité, nos vues intérieures, notre habileté et notre sagesse, au lieu de notre esprit non aiguisé, de notre peur et de nos conflits intérieurs. L'une des habiletés que la vie nous offre en matière de sagesse est de transformer l'adversité en conditions favorables. Ceci nous mène à une compréhension de plus en plus grande des "voies" qu'emprunte l'existence, et à chaque fois, cela devient de plus en plus clair. Le fait de transformer l'enchevêtrement en liberté requiert de nous que nous soyons conscients, au sens le plus profond. Voilà précisément ce à quoi nous aspirons, en tant qu'êtres illuminants. Prenons un exemple. Le fait de vivre librement, en acceptant l'imprévisibilité du défi, desserre le nud de l'enchevêtrement. Qu'il est noble, de vivre sans fardeau, en neutralisant les vagues et les ombres interminables ! Cela a à voir avec la conscience, l'acceptation, la volonté et la vue intérieure. Ce sont les quatre qualités synergétiques qui soutiennent l'Eveil. Synergétiques, parce que dès que l'une de ces qualités est mise en application, les autres qualités agissent comme si elles étaient multipliées par un coefficient. En fait, la réelle beauté des qualités de sagesse est que lorsqu'une facette (ou une qualité) resplendit, c'est le joyau tout entier, avec toutes ses facettes, qui est radieux. Par conséquent, lorsque la sagesse de la non-saisie est utilisée avec patience, le fait d'être dans l'instant, dans l'acceptation, ainsi qu'une kyrielle d'autres perles, sont tirées des profondeurs. Alors, une force fondamentale soutient la non-saisie, en desserrant le nud formé par l'enchevêtrement. Souvent, les Grands Sages qui parlent en termes de nature des choses ont paisiblement et patiemment observé les conditions, les circonstances et les cycles du changement. Le fait d'observer les courants naturels montre clairement la "voie" à suivre jusqu'au moment où l'on entre dans la sagesse innée qui nous est propre. Une fois que la sagesse est établie, les secrets du cur se révèlent en pleine lumière et facilitent le cheminement au travers de la difficulté. Tilopa, le grand Mahasiddha*, a abordé ce même thème, dans son Chant de sagesse, qu'il adressa à son grand disciple Naropa :
La première partie des vers de Tilopa parle des courants de la turbulence (dans la vie). Ensuite, il parle de la maturité, qui est en fait flexibilité, cette flexibilité étant liberté. La maturité est ce raffinement qui ouvre ce qui semble être fermé et rend à l'évidence ce qui autrement, demeurerait dissimulé. Cela revient à tourner la clé de la sagesse dans les moments de turbulence. En d'autres termes, à utiliser les enseignements quand il y a la plus grande urgence à le faire. Alors, les enseignements ne sont plus des enseignements. Les enseignements ont été transformés en liberté : l'on voit alors la vie telle qu'elle est véritablement, et non telle qu'elle semble être. C'est la graine de la maturité : avoir la volonté de ne pas retomber sans cesse dans les mêmes vieilles brèches. Voici les implications de la partie suivante des vers de Tilopa. Lorsque les thèmes fondamentaux sont pris en considération et que la maturité se développe, alors, l'habileté manifeste et spontanée remplace l'incapacité stérile et la souffrance (inutile). Pour acquérir cette habileté spontanée, que doit-on prendre en considération ? La pratique est nécessaire. Il est aisé de dire qu'il n'y a rien de plus à savoir, rien de plus à apprendre, parce que vous êtes la "Vérité". Oui, ceci est vrai, vous êtes la "Vérité", cela ne peut être nié (et... n'est-ce pas merveilleux ?). Mais il n'en reste pas moins vrai que le fait d'affirmer votre divinité sans en avoir une compréhension mûre de cette "Vérité" sur le plan pratique revient à affirmer qu'une cuillerée d'eau est l'océan. C'est vrai, l'eau est l'eau, et cette petite goutte peut être l'océan entier. Mais seulement une fois qu'elle est versée dans l'océan, pas avant ! Tilopa chantait :
La maturité arrive avec la sagesse pratique, qui efface les "entrelignes", graduellement ou d'un puissant balayage. Le sens de la dualité, des brèches, de la souffrance et de l'ignorance*** se dissout dans la lumière de la compréhension. Alors, il n'est plus du destin du cur de se mouvoir dans une direction précise ; il est présent et uni, et dissout ainsi naturellement toute séparation. Le fait d'étiqueter les événements et les êtres au moyen de l'égoïté n'a plus lieu. Comment tout ceci peut-il être accompli ? En mettant en application les enseignements au bon moment. Quand la séparation et l'égoïté s'emparent de vous, ayez simplement la volonté de mettre en application un peu de sagesse. Et c'est là, précisément, que la brèche est refermée et que vous avez versé un peu de cette goutte d'eau dans l'océan. C'est là que la vaste étendue du cur et de l'esprit est une, et que la maturité vous porte au-delà des complications, en vous libérant de l'adversité. Alors, la transformation de l'adversité en conditions favorables a été réalisée. Vous avez toujours ce dont vous avez besoin, peu importe ce que vous pensez qu'il vous manque ou ce que vous sentez qui doive y être ajouté. Il n'est nullement nécessaire d'être quelqu'un d'autre, ou de posséder quelque chose de mieux, parce que vous avez transformé toutes les conditions adverses de votre vie en maturité éveillée, et que vous avez appris l'habileté de la sagesse. Notes : *Mahasiddha : Grand Maître aux capacités parfaites, ascète ayant maîtrisé les enseignements des Tantra. **Mahamudra : enseignement et système dépourvus de forme. Il représente l'un des enseignements les plus élevés du Bouddhisme Vajrayana. Il est décrit comme étant la réalisation de la vacuité, la liberté du samsara (monde de l'illusion) et l'indivisibilité des deux. ***Ignorance : fait de cultiver la misère même que l'on veut éviter dans la vie. L'ignorance, c'est également considérer la dualité comme une réalité et ignorer la "vérité" fondamentale de l'unité, ou la vacuité.
ShantiMayi© 2001 |
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