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ShantiMayi - The Un-Spun Web

J'ai été priée d'écrire un article pour une conférence hindoue qui se tenait à Edenborough (Ecosse). Il m'a été demandé plus précisément d'écrire un message adressé au monde entier, et ce, à partir d'une perspective hindoue. Etant donné que je vécus tant d'années en Inde et que je vis encore dans un ashram védique traditionnel, je me suis sentie en confiance pour répondre de façon satisfaisante à cette demande. Je ne peux pas vraiment dire que je suis une hindoue, mais je peux dire que l'hindouisme, et surtout, les hindous, ont exercé une influence majeure sur mon propre développement spirituel. Le fait d'écrire à partir d'une perspective hindoue représente un honneur pour moi et j'espère ainsi rendre justice à ce mode de vie.

VASUDHAIVA KUTUMBAKAM

Le monde est une famille

 

Je vous écris ce message du point de vue de mon cœur et pas seulement de celui de l'érudition ou de la tradition religieuse. Etant donné que je vis dans un ashram traditionnel situé sur les rives du Gange depuis 16 ans, j'écris ce message à partir d’un angle expérimental.

Commençons donc en gardant ceci à l'esprit.

Pour le monde, l'hindouisme représente, un joyau de la couronne de la spiritualité.

L'hindouisme est pareil à une gemme fine et rare, sitôt qu’il est pris à cœur et pratiqué dans notre vie quotidienne. La beauté de l'hindouisme est qu'il est ouvert à tous ; ceci déjà en soi, est vraiment remarquable. A partir de cette gemme, se miroitent des multitudes de couleurs, facettes, points de lumière : l'hindouisme renferme une sagesse pour chacun. Je dis bien "pour chacun", parce que l'hindouisme n'est pas une religion dogmatique ou fermée. Il est un dharma vital et florissant pour les êtres, qui évoluent dans un monde de plus en plus complexe.

Si seulement nous regardions assez profondément dans notre coeur, nous serions certains de bénéficier de cette conscience de diamant, qui est essentielle à l'hindouisme, parce que ses chemins nous mènent toujours à la Vérité. Peu importe la période dont il s'agit dans notre voyage à travers le temps infini, ce dharma est toujours nouveau ; et pourtant, il est profondément enraciné dans l'esprit des origines universelles. Par conséquent, l'hindouisme s'étend à travers tous les temps et s'applique à chacun des moments de notre vie ; ceci, en lui-même, est extraordinaire.

Frayons-nous un chemin à travers des temps tourmentés.

L'état de notre monde extérieur est un reflet direct de l'état intérieur de l'humanité. Nous voyons ceci, lorsque nous prenons en considération le fait que nous vivons sous une pression accrue, doublée d’un stress imposé par un marché compétitif. Lorsque les religions du monde deviennent emblème de préjugés plutôt que moyen d'éveil pour notre conscience assoupie, lorsque nous évaluons notre valeur en nous comparant à ce que nous possédons de plus que nos voisins, nous comprenons alors la raison pour laquelle notre monde est plongé dans la confusion et l'agitation. En ces temps actuels, se produit une rapide désintégration du grand esprit d’intégrité. Notre planète entière souffre d'une terrible détérioration des valeurs humaines. Cette dissonance est la racine du problème sur terre.

“Divisez et conquerrez” - le concept le plus dévastateur de la vie sur terre - est le résultat du mien contre le tien. Conquérir, en ce sens, signifie être vaincu. Nous avons été vaincus, lorsque nous avons vénéré les divisions. Le mien et pas le tien, tout est mien et rien n'est tien. Il faut que j'aie plus. Ce moi et ce mien sont la maladie de nos âmes, maladie qui s'est propagée autour de la terre comme un feu sauvage et qui a perturbé l'équilibre entre le cœur et l'esprit.

Notre dilemme spirituel provient de la fermeture de notre coeur à l'autre pour des gains exclusivement matériels, pour marcher sur les autres par ambition. Le fait de fermer notre cœur pour quelque raison que ce soit invite en réalité la difficulté. Le fait d'ériger des frontières de préjugés et d'aversions nous rend, par rapport à nous-mêmes, creux, peureux et distants ; que dire alors de notre rapport aux autres !

Dans de telles conditions, l'esprit se rétrécit et devient myope ; notre coeur semble fermé et la sagesse qui réside à l'intérieur de nous est oubliée. La fermeture du cœur et de l'esprit déclenche, outre la négativité, une sensation de séparation. La séparation est un sens erroné qui engendre dans notre vie l'ignorance (*1) (de la Vérité). A une grande échelle, l'ignorance (de la Vérité) revient à vivre dans un royaume de l'aveuglement dans l’aveuglement de l’aveuglement.

Nous ne devrions pas nous contenter du vieil adage selon lequel c'est le Kali Yuga (NdT : l'Age des Ténèbres) et les choses sont telles qu'elles sont parce que c'est le Kali Yuga. Il est vrai qu’ "accepter les choses telles qu'elles sont" est très, très important. Cependant, accepter l'ignorance comme une condition immuable ne fait qu'enfoncer notre civilisation toujours plus avant dans une sorte de sombre folie qui ensevelit aujourd'hui le monde. J’oserais même suggérer que le Kali Yuga n’a de cesse de revenir au cours des éons, parce que l'humanité n'a pas appris le but le plus fondamental de la sagesse spirituelle. En ces temps-ci, les gens ont ignoré (ignore-ance) l'excellence inhérente à leur être. C'est cette lumière intérieure (l'amour inconditionnel) qui nous oblige à vivre dans la Vérité à chaque instant de notre vie. (la bonne nouvelle est que, bien qu’ignorée, la Vérité est toujours présente, en tout et de tout temps).

Le dharma hindou est une réponse vivante et vitale à notre monde tourmenté.

La confusion qui prédomine dans notre monde aujourd'hui est dûe à un principe très simple qui a longtemps été oublié. Ce principe est une gemme sans défaut qui constitue la base même du dharma hindou.

Peu importe la manière par laquelle nous éveillons notre monde quasi assoupi, ce précepte sera de toute façon la fondation sous-jacente à l’établissement de la paix sur terre et à l’illumination de l’humanité (ce qui est possible à 100 %).

Cette sagesse illuminante réside dans le vers qui a le pouvoir de dissiper toute confusion.

Si seulement ce vers devenait notre dharma principal, notre porte principale du dharma et que nous la passions avec un abandon total, alors nous acquerrions la réalisation intérieure que confère une conscience si puissante. Nous commencerions à voir à quel point ceci est exact et quel bon médicament cela constitue contre la maladie de l'ignore-ance.

Le vers de sagesse dit ceci : VASUDHAIVA KUTUMBAKAM, ce qui signifie : "le monde entier est une famille".

“Le monde entier est une famille", ceci est le code de vie gravé dans le battement de notre cœur, dans notre souffle, dans la naissance, dans la mort, dans notre nourriture, dans l'amour, dans l'expérience de la vie et dans tout ce qu'elle contient. Vasudhaiva Kutumbakam a toujours été vrai, toujours. Le plus difficile est de voir ceci lorsque nous sommes divisés dans notre coeur et notre esprit ; et pourtant, il en est ainsi. La Vérité n'est pas dépendante de nos idées, pas plus que de nos conditions sans fin. La Vérité est en elle-même réalisation intérieure et c’est par la réalisation intérieure que nous arrivons à comprendre tacitement l'incompréhensible. Voilà ce qui se produit lorsque nous vivons le monde extérieur à partir de l’intérieur, lorsque notre Soi essentiel émerge comme étant notre identité et notre nature. Cette profonde simplicité est pareille au diamant : toujours brillant et précieux, même lorsqu'il est recouvert par des couches de poussière. Le Soi essentiel (c.a.d. la conscience illuminée) réside toujours à l'intérieur de nous, que nous le réalisions ou non. Nous avons simplement besoin d'étendre notre conscience au-delà de nous-mêmes et de notre petite famille, en ouvrant notre cœur au monde dans lequel nous vivons. Ceci est critique et important, en ces temps-ci, et en fait, cela a toujours été important, parce que le fait de voir le Soi en tout est un moyen de vivre une vie réalisée en Dieu en ce monde. Lorsque nous examinons notre similitude plutôt que nos différences, alors nous pouvons faire l’expérience directe de cette sagesse ancienne dans notre vie quotidienne.

Lorsque nous portons notre regard au-delà de nos frontières mentales en dissolvant nos jugements par une observation silencieuse, alors nous commençons à réaliser la véritable nature de l'univers à partir de notre Soi. Nous ne filtrons plus notre expérience à travers nos opinions étriquées et nos conclusions égocentrées. A présent, nous ouvrons notre esprit et notre cœur et le conditionnement rigide se dissipe. A partir de l'observation silencieuse et de l'amour inconditionnel, nous sommes libres de voir les choses telles qu'elles sont vraiment. Nous pouvons nous voir en chacun et chacun peut se voir en nous-mêmes. Voilà ce qu'est le médicament dont le monde a tellement besoin. Et cela commence avec vous et moi.

Le vers de sagesse Vasudhaiva Kutumbakam est tiré d'un neti hindou (signifiant : moyen de compréhension ou discipline) qui remonte au premier homme et à la première femme.

Nos corps proviennent de la même semence et du même œuf (sperme et ovule). Nous sommes tous nés d'un ventre et finalement, notre forme matérielle retournera à la poussière. La force de vie rendue vivante dans la semence, dans l'œuf, dans la poussière et dans la vie de toute chose provient d’une même intelligence et mémoire cosmique (le corps de Dieu, dépourvu de forme).

Lorsque plusieurs astronautes ont regardé derrière eux la planète bleue que nous appelons notre "chez-nous" flottant dans l'espace, ils n'ont vu aucun soi et aucun autre. Ils ont simplement vu notre terre comme un corps vivant en orbite. Ils ont réalisé la totalité de tout, à l'intérieur d'eux-mêmes et dans leur expérience. Nous n'avons pas besoin d'aller dans un espace extérieur pour vivre ainsi. Il s'agit du dharma d'une famille. Nous avons seulement besoin de comprendre que tous les objets vivants sont reliés. Toutes choses co-existent et co-existence signifie relation. Lorsque nous conservons ce savoir comme une gemme précieuse du dharma, alors peu à peu, il se révèle à nous. La compassion est notre moyen d'aller au-delà de la difficulté et nous en arrivons à vivre Ahimsa (NdT : la non violence) en notre esprit et dans notre mode de vie. Le grand Mahatma Gandhi définit Ahimsa ainsi : n'injurier aucune créature en pensée, parole ou acte, pas même dans l'intérêt supposé de cette créature.

Le monde entier arrive à la paix par la lumière d'Ahimsa. La compassion et les manières non offensives sont des "moyens" de réaliser Vasudhaiva Kutumbakam. Il est vrai que toute l'humanité doit embrasser ce "moyen" et que tout le monde doit y mettre du sien pour que grandisse cette sagesse. Cependant, cela commence avec vous et moi. Commençons donc tout de suite, ici et maintenant. Prenons cela à cœur et répercutons-le dans notre vie. Faisons de ceci un moyen d'être avec nous-mêmes et d'être dans le monde. Il s'agit d'un dharma hindou véritable qui mène chaque seconde à la vérité. C'est la simplicité et l'excellence dans la compréhension. Vivons pour cela et mourons pour cela, afin qu'un jour, ceci soit réalisé par tout un chacun.

ShantiMayi, auteur de cet article

ShantiMayi, d'origine occidentale, est une héritière de la lignée de Maîtres de Sacha.

Les racines hindoues anciennes de la lignée de Sacha remontent au Sage Nâradâ. ShantiMayi voyage continuellement autour du monde, avec le privilège de servir l'humanité et sa vie est dévouée à l'éveil de tous les êtres.

Note :

*1. L’ignorance, ici, fait toujours référence à la dualité, c’est-à-dire, à la non réalisation intérieure de l’Un, inhérent et intrinsèque à toute chose. Comme vous le voyez, le mot ignorance est composé de "ignore" et de "ance", c.a.d. ignorer ce qui est essentiel.

 

ShantiMayi©  2003

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